Investissement, stocks, export : les financements islamiques des entreprises algériennes
En Algérie, le financement islamique des entreprises regroupe mourabaha, ijara, istisnaa, salam et moucharaka dégressive, proposés par Al Baraka, Al Salam Bank et les fenêtres des banques publiques pour financer investissements, stocks et exportations sans intérêt, sous le règlement 20-02.

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Quel contrat pour quel besoin de l’entreprise ?
Chaque besoin correspond à un contrat : la mourabaha pour acheter matières premières ou équipements, l’ijara pour louer un actif avant de l’acquérir, l’istisnaa pour faire fabriquer ou construire, le salam pour préfinancer une production et la moucharaka pour un partenariat en capital.
Le principe commun à ces contrats
La banque se rémunère par une marge sur une vente, un loyer ou une part de bénéfices, toujours adossée à un actif ou à une activité réelle. Le prêt d’argent rémunéré est exclu, de même que le financement d’activités jugées illicites par la charia, quel que soit leur rendement attendu.
Ce qu’autorise la réglementation
Le règlement n° 20-02 de la Banque d’Algérie du 15 mars 2020 énumère mourabaha, moucharaka, moudaraba, ijara, salam et istisnaa. Le règlement n° 25-13 du 24 septembre 2025 crée un marché monétaire interbancaire islamique, pris en application de la loi n° 23-09.
Ce que change le marché interbancaire islamique
Les banques et fenêtres islamiques peuvent désormais placer ou emprunter leur liquidité entre elles en moudaraba, wakala ou qard, de 24 heures à deux ans. Cette souplesse de trésorerie conditionne leur capacité à financer davantage les entreprises.
Panorama de l’offre entreprises en 2025
Al Baraka Bank Algérie propose mourabaha, istisnaa et moucharaka dégressive pour l’investissement, ainsi que le préfinancement à l’exportation. Les fenêtres publiques, dont BDL, CPA, BEA et BNA, couvrent investissement, exploitation, salam et ijara immobilière, chacune avec un certificat de conformité.
Exemples de conditions publiées
La BDL affiche une mourabaha d’investissement à 5,25 % à moyen terme et 5,50 % à long terme sur deux à dix ans, sans frais de dossier. Le CPA finance l’immobilier d’entreprise en ijara jusqu’à 100 % sur quinze ans au maximum.
Financer le cycle d’exploitation
La BNA propose une mourabaha d’exploitation à court terme jusqu’à 80 % pour matières premières et produits semi-finis, remboursable en une seule fois à l’échéance convenue. La BEA offre une mourabaha de marchandises, un financement salam et une mourabaha internationale pour les opérations d’importation d’intrants et de marchandises.
Limites et points de vigilance
La moucharaka et la moudaraba restent marginales, les banques privilégiant des contrats à marge fixe moins risqués. Les garanties demandées sont proches de celles d’un crédit classique, et les délais d’instruction dépendent de la qualité des états financiers fournis.
Les étapes d’une demande de financement
Le processus suit la logique d’un crédit d’investissement, avec un contrôle supplémentaire de conformité de l’activité. Les étapes ci-dessous reprennent les exigences publiées par Al Baraka, la BDL et la BEA pour leurs financements aux entreprises.
- Vérifier que l’activité n’appartient pas à un secteur prohibé par la charia.
- Ouvrir un compte courant islamique et domicilier une part du chiffre d’affaires.
- Constituer le dossier juridique : RC, NIF, statuts, PV de nomination des gérants.
- Fournir trois exercices de bilans certifiés et une situation fiscale récente.
- Présenter l’étude technico-économique et les factures pro forma.
- Négocier le contrat adapté, la durée, le différé et les garanties.
- Signer la promesse d’achat, puis le contrat après acquisition du bien par la banque.
Coûts et pièces du dossier
Les tarifs sont rarement publiés en totalité ; la BDL fait exception pour la mourabaha d’investissement. Le tableau reprend les informations affichées et les éléments à demander par écrit avant de signer toute promesse d’achat ou de location.
| Élément | Information publiée | Commentaire |
|---|---|---|
| Marge d’investissement | 5,25 % moyen terme, 5,50 % long terme à la BDL | Ligne de financement valable un an |
| Frais annexes BDL | Gestion, notification et remboursement anticipé à 0 DA | Remise possible sur le profit restant |
| Exploitation | Jusqu’à 80 % à la BNA, remboursement en une fois | Court terme |
| Durée investissement | Jusqu’à 5 ans chez Al Baraka, sauf dérogation | Différé adapté au projet |
| Garanties | Hypothèque, nantissement, caution, fonds de garantie CGCI-FGAR | Liste publiée par la BDL |
| Pièces | Statuts, RC, NIF, bilans, étude, pro forma, demande d’avantages ANDI | Situation fiscale de moins de 3 mois |
Ce qui fait échouer un dossier d’entreprise
Les refus portent rarement sur la conformité charaïque elle-même, plutôt sur la solidité financière et la complétude du dossier. Les critères ci-dessous figurent dans les conditions publiées par les banques algériennes pour leurs financements islamiques aux entreprises.
- Activité dans un secteur prohibé, par exemple liée à l’alcool ou aux jeux.
- États financiers non certifiés par un commissaire aux comptes.
- Situation fiscale ou parafiscale non à jour.
- Étude technico-économique trop sommaire pour évaluer les flux futurs.
- Inscription au fichier des incidents de paiement par chèque.
La moucharaka dégressive est-elle réellement proposée ?
Oui. Al Baraka décrit une moucharaka dégressive où la banque cofinance le projet, perçoit sa part de bénéfices et se retire progressivement à mesure que le promoteur rachète ses parts. L’accès reste sélectif et dépend de la rentabilité attendue.
Comment financer une exportation sans intérêt ?
Al Baraka propose un préfinancement à l’exportation, et le salam permet à la banque de payer d’avance une marchandise livrée plus tard. La BEA mentionne aussi la mourabaha internationale pour les opérations avec l’étranger, notamment l’importation d’intrants.
Une PME peut-elle convertir un crédit classique ?
Il n’existe pas de procédure générale publiée pour les entreprises. En pratique, un refinancement passe par un nouveau contrat, par exemple une mourabaha ou une ijara sur un actif, et suppose l’accord de la banque après étude du dossier.
Les fenêtres publiques sont-elles fiables sur le plan charaïque ?
Chaque fenêtre doit obtenir un certificat de l’Autorité charaïque nationale, disposer d’un comité charaïque interne et tenir une comptabilité séparée. La BNA, la CNEP, le CPA et la BADR ont été parmi les premières certifiées en 2020.
Quel délai de traitement prévoir ?
La BNA annonce trente jours après acceptation du dossier pour ses financements aux professionnels. Ailleurs, le délai dépend de la complétude des pièces, des garanties à constituer et, pour l’investissement, de l’instruction des avantages fiscaux éventuels.
Où accéder à ces solutions
- Al Baraka Bank Algérie – Financement de l’investissement — Banque islamique ; mourabaha, istisnaa et moucharaka dégressive pour l’investissement des entreprises, jusqu’à cinq ans.
- BDL – Mourabaha investissement — Banque publique ; mourabaha d’équipements et lignes de production sur 2 à 10 ans, marges publiées, frais de dossier nuls.
- BEA – Finance islamique — Fenêtre islamique de la BEA ; salam, mourabaha de marchandises, d’investissement et internationale, ijara d’équipements.
- CPA – Ijara entreprises — Fenêtre islamique du CPA ; ijara de biens commerciaux ou industriels pour entreprises, jusqu’à 100 % sur 15 ans.
Références officielles et légales
- Banque d’Algérie – Règlement n° 2020-02 (PDF) — Texte du règlement définissant mourabaha, moucharaka, moudaraba, ijara, salam et istisnaa et leurs conditions d’exercice.
- Banque d’Algérie – Renforcement du cadre de la finance islamique — Communication officielle sur le renforcement du cadre légal, réglementaire et de supervision de la finance islamique en Algérie.
- Journal officiel – SGG — Portail publiant la loi n° 23-09 du 21 juin 2023 et le règlement n° 25-13 sur le marché interbancaire islamique.